• Mat. S

Musulman, ou la construction d'un ennemi de la République

À l’heure où les valeurs de cohésion et de solidarité face à la crise sanitaire devraient

rassembler, le racisme ethnico-religieux fait rage. Il se manifeste par des propos acerbes

quotidiens, dont le but est de mener à des actions, comme c'est le cas avec le pouvoir de la propagande chinoise qui fait aujourd'hui des Ouïghours musulmans, le rappel supplicié de l'un des chapitres les plus sombres de notre histoire contemporaine : l'holocauste. Attaché à dénoncer la haine raciale et religieuse, à prévenir les génocides et à promouvoir la dignité humaine. Nous proposons de décrypter les mécanismes de la

propagande politique et médiatique et déconstruire ses stratagèmes pour mieux la

combattre.



Des médias en roues libres


Que ce soit sur les réseaux sociaux ou les chaînes d'informations, il est impossible

aujourd'hui en France, de ne pas être frappé par la propagande anti-musulmane, féroce

mise en avant, amplifiée et commentée par nos politiques et personnalités médiatiques.

Alors que l'hostilité envers les musulmans ou assimilés émanait de l'extrême droite, ce

fléau touche dorénavant quasi tous les partis politiques. On utilise des musulmans

apparentés pour légitimer et alimenter la haine anti-musulmane. Cette propagande

s’adapte à la mentalité des publics : différentes classes sociales, différentes ressources

intellectuelles...


Au niveau du gouvernement, les déclarations farfelues tous azimuts de ses membres

(l'enfant musulman qui ne s'assoit pas en classe sur une chaise rouge selon le ministre

Jean-Michel Blanquer ou des fillettes voilées dans leurs poussettes d'après Marlène

Schiappa...), démontrent à elles seules, cette « hystérie politique » théorisée par

l’anthropologue Emmanuel Terray. Une stigmatisation permanente qui met à jour les

mécanismes de la construction du rejet de l'arabo-musulman.


Prenons quelques minutes pour disséquer la machine à stéréotypes que sont les

programmes quotidiens de CNews. Cette chaîne d’info privée ultra-réactionnaire

bénéficie d’une fréquence publique, aux courbes d’audience grandissantes. Vincent

Bolloré, propriétaire de Canal + fait de sa chaîne le porte parole du racisme le plus

décomplexé. Vous ne verrez aucun expert, sociologue, économiste, théologien ni

historien. Les intervenants réguliers sont tous des polémistes de droite ou plutôt de l'ultra droite. Dans une atmosphère de connivence, ils ne servent en réalité qu'à mettre en valeur la star de la chaîne : Eric Zemmour.


Au sommaire des éditos : immigration musulmane, choc des civilisations, islam, voile, ghettos islamisés, séparatisme islamique, monde arabe, ensauvagement, islamo-

gauchisme, théories sur le grand remplacement et identité française...


L'objectif : réussir à capter l'imagination populaire et faire du musulman ordinaire (25% de

l’humanité) le gros méchant de film d’action à la psychologie "ultra-simple" : il déteste la

femme, il décapite le monde et il mérite de mourir. Ça, ça fait grimper l'audimat !


« La France est ciblée parce qu’elle est faible », regrette Zemmour dans l'émission Face à

l'info, avant d’expliquer que la Chine, elle, a la chance de pouvoir massacrer les

Ouïghours sans que personne ne moufte.


« Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans,

et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est

ça être français ! »


« On sait que les victimes s’appellent Mélanie et les assassins Youssef ».


« Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs. C’est tout ce qu’ils sont » balance t-il.

Il faut bien comprendre que Zemmour est le véritable « pervers narcissique », l'archétype !

Narcissique : il affirme, conteste, a toujours raison, même contre les évidences.

Pervers : une sorte de super héros sans supers pouvoirs qui joue le rôle de l'arbitre de la

vérité sur les musulmans.

Le danger réside dans sa capacité diabolique à entrainer les téléspectateurs dans cet

univers de « fake news ». La stratégie de sa manipulation est de faire perdre toute notion

de la réalité propre pour épouser la sienne.


L’association de critique des médias Acrimed a parfaitement résumé les effets très pervers du dispositif : « C’est sur ce type de journalisme-comptoir caractéristique des talk-shows que prospèrent tous les “fast-thinkers”, et plus encore les chroniqueurs de droite et d’extrême droite. Commenter les faits divers, invectiver, idéologiser des ressentis, politiser la peur, butiner les sondages... »


Des débats basés sur le matraquage des propos racistes de comptoir, tendant tous vers le pire avec une constance terrifiante. « Nous sommes ligotés par notre droit-de-

l’hommisme » lâche Élizabeth Lévy à propos des femmes voilées.


Leur objectif : domestiquer les esprits et greffer l'idée que le musulman serait l'ennemi de l'intérieur. Qu'importe que le nombre d'actes anti-musulmans a augmenté de 53% sur le territoire français entre 2019 et 2020. A force de discours réactionnaires et

d'endoctrinement des esprits, des groupes liés à l'ultra droite se sentent suffisamment

légitimes et soutenus pour passer à l'acte sur les musulmans qui en payent le prix. La

propagande est-elle que les médias taisent sournoisement toutes les attaques sur les

musulmans.


Une xénophobie orchestrée !


C'est un fait, les musulmans sont présentés comme un corps extérieur à la société

française. Malveillants, par essence, conquérants, cherchant à s’approprier les territoires

(géographiques, culturels, politiques) à des fins de captation du pouvoir et

d’accomplissement d’un grand dessein religieux. Ces représentations sont réactivées au

gré des crises successives que connaît notre pays, comme la Covid-19. Une simple

visibilité d'un musulman est interprétée comme de la conquête, de la provocation ou une

infiltration de l'islamisation.


Interrogée par Mediapart, Esther Benbassa rapproche la situation actuelle de « ce qu'ont

vécu les Juifs à partir de la fin du XIXe siècle et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale ».

« Tout est fait pour montrer que la population arabo-musulmane est indésirable, qu'elle

n'est pas intégrable et donc incompatible avec la République ».

« La France, ajoute-t-elle, construit son identité contre l'autre. Il y a un racisme et une

xénophobie d'État qui se conjuguent avec une mission civilisatrice, pas très éloignée de

l'expérience de la colonisation. On n'est pas très loin non plus de la fin du XVIIIe siècle,

quand il s'agissait de “régénérer” les Juifs ».


Selon Vincent Geiser, « Nous sommes en présence d'une injonction paradoxale, où l'on

exige des “Français issus de...” qu'ils donnent des gages de leur citoyenneté et de leur

francité, tout en les renvoyant systématiquement à leur islamité ».


Le danger de la propagande anti-musulman


La résistance des croyants à s'attacher à leur culte, font d'eux des obstacles pour

beaucoup de personnalités malveillantes. La religion parce qu’elle est vecteur d’identité

collective et source de solidarité est perçue comme un moyen de défense ou plutôt de

résistance. L'islam est le moyen de construire un « nous » quand on rappelle sans cesse

aux musulmans, qu'ils sont exclus de mille et une manières du grand « Nous » autrement dit de la communauté nationale.


Le musulman jusqu'alors toléré qu'à la condition de rester assigné à une place sociale

inférieure et à des emplois invisibles, ne l'est plus aujourd'hui. C'est bien sa visibilité

comme la médiatisation de certaines personnalités politiques, scientifiques, journalistiques... arabo-musulmanes ou perçues comme telles qui a transformé le mépris

en une expression ultra violente. Violence qui ne se limite plus à la propagande

extrémiste mais, s’étend également aux institutions de la police, organes parlementaires,

universités et écoles. Allant jusqu'à traquer des enfants de huit ans dans leur lit, dissoudre des collectifs d'avocats de défense des droits des musulmans, fermer des mosquées, harceler des femmes voilées et précipiter des perquisitions violentes et aveugles au domicile de plusieurs citoyens sans raison matérielle.


Ce ciblage systématique des musulmans est particulièrement dangereux dès lors qu'il

trouve son expression dans des lois restreignant les droits des musulmans et veillant à ce

qu'elle n'atteignent qu'eux (lois séparatistes). Ces lois "de contrôle" renforcent leur

exclusion économique, sociale et politique et justifient l'impunité dont bénéficient la

violence et la haine contre eux.


"L’hostilité et la phobie infondées à l'égard de l'islam et des musulmans se renforçant

mutuellement, il est impératif de lutter contre la diffamation des musulmans." a affirmé

Ahmed Shaheed, le Rapporteur spécial des Nations Unis.

36 ONG à travers 13 pays ont déjà saisit le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU,

contre la France, pour avoir enraciné l'islamophobie et la discrimination contre les

musulmans.


Il est urgent d'agir et de tenir pour responsables les politiques et ceux qui cherchent à

diviser. A l'heure où l'on murmure que le polémiste Eric Zemmour, dans ses rêves de

pouvoir, est tenté par une candidature pour 2022. Ceux qui partagent ses idées, le voit

déjà en héros sauveur de la patrie identitaire et souverainiste de la France. Est-il

nécessaire de rappeler qu'Hitler disait vouloir sauver la vieille Europe ? Il fut justement

celui qui la conduisit à sa perte.

255 vues0 commentaire