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Les mensonges de G. Darmanin : TOP 10


« En politique, on ne flétrit le mensonge d'hier que pour flatter le mensonge d'aujourd'hui » disait Jean Rostand. Force est de constater que si le mensonge le pouvait , il irait assurément déposer une main courante pour faire cesser la parade nuptiale du 1er flic de France. En effet, depuis sa prise de poste le 6 juillet 2020, Gerald Darmanin zooke le mensonge en collé-sérré. Les « fake news officielles » du ministre de l’Intérieur s’enchaînent, sans que cela n’est la moindre répercussion.


Petit florilège dans le riche palmarès de celui que le Libération a déjà surnommé le « mytho de l’Intérieur »






Gerald Darmanin reçoit l’intégralité des syndicats de police, le 16 décembre 2020


Gerald Darmanin se présente face aux sénateurs afin de leur indiquer qu’une consultation de « l’intégralité » des syndicats de police aura lieu le 18 décembre 2020, afin de parvenir à trouver des « solutions pour améliorer le quotidien de celles et ceux qui protègent nos concitoyens. » Devant les sénateurs, il insiste sur le fait qu’aucune opinion ne sera mis en dehors de la table des discussions : « Ce vendredi, je reçois les syndicats de police, l’ensemble des syndicats de police, l’intégralité des syndicats de police, qui en bilatérale, vont pouvoir évoquer un certain nombre de sujets… »

C’est faux : par un curieux hasard, le syndicat VIGI n’a pas été convié à cette réunion. Est-ce c’est parce que le syndicat VIGI s’est clairement positionné pour les gilets jaunes, contre le projet de loi « sécurité globale » et qu’il ne nie pas les violences et le racisme au sein de la police ? Evidemment que non, le carton d’invitation a simplement dû être égaré par le postier.






Le faux licenciement d’un CRS nazi, le 30 novembre 2020


Pour donner l’impression que son intronisation Place Beauvau rime avec intransigeance, le ministre déclare à propos d’un CRS qui portait ostensiblement un casque sur lequel figurait un écusson faisant référence à la 12eme Panzer SS, qu’il a été licencié. Voici sa déclaration : « Il est vrai que de la part de ceux qui ont l'autorité, des propos racistes, des actes racistes sont absolument inacceptables [...] L'un de mes premiers gestes en tant que ministre de l'Intérieur, ça a été de ne pas garder dans la police nationale un agent qui avait porté un écusson qui rappelait le IIIe Reich, ça me paraissait la moindre des choses. »

C’est faux : le CRS est toujours bien en poste et le ministre s’est contenté de bloquer sa promotion.




L’attentat de Magnanville et l’article 24 de la loi sécurité globale, le 13 et 17 novembre 2020


Afin de défendre l’article 24 du projet de loi « sécurité globale », Gerald Darmanin va user de l’une de ses armes préférées : l’enfumage.

Le 13 novembre, il déclare au micro de Franceinfo : « Je rappelle d’ailleurs que les attentats, c’est aussi ceux de Magnanville où un policier et sa compagne qui était policière ont été égorgés dans leur domicile, devant leur enfant de quelques années, par quelqu’un qui a eu leur adresse personnelle et qui a commis un attentat… ». Le 17 novembre à l’Assemblée nationale, il s’emporte devant les député.es : « Est-ce qu'un citoyen pourra filmer une intervention de police ? la réponse est oui ! Pourra-t-il le dénoncer au procureur de la République ? La réponse est oui ! Mais pourra-t-on désormais faire des appels au viol sur des policières ? Pourra-t-on faire des appels au meurtre sur des policiers ? Pourra-t-on demander que leur femme, leurs enfants, et même lorsqu'ils vont au supermarché, ou lorsqu'ils rentrent chez eux comme ces policiers de Magnanville, qui ont été égorgés ! Egorgés Madame la députée ! Devant leur enfant de 6 ans ! Parce qu'on les a reconnus ! Alors non ! Et tant mieux que l'article 24 soit adopté !!! »

C’est faux : rien n’indique que le double assassinat n’est un quelconque lien avec l’utilisation des réseaux sociaux, encore moins avec une capture d’image prise à l’insu du défunt couple, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider. En effet, un an après l’attentat perpétré par Larossi Ababalla, la police remonte la piste d’une femme proche des deux fonctionnaires, une dénommée Mina B, dont la perquisition au domicile révèlera une clef USB contenant une liste de 2626 agents du renseignements français. Alors que la piste sur l’origine de la fuite de l’adresse du couple semblait donc pointer vers cette hypothèse, le parquet révèlera par la suite que cette liste n’était qu’un document de la commission administrative paritaire de la police nationale contenant le nom, le matricule et l’affectation des agents. Aucune adresse personnelle n’y était indiquée. Aujourd’hui encore, l’enquête se poursuit pour savoir qui a pu fournir l’adresse du couple à Larossi Abballa. Il est donc faux d’affirmer comme l’a fait Gerald Darmanin, que l’article 24 du projet de loi « sécurité globale » aurait empêché l’attentat de Magnanville.






Loopsider n’a pas transmis les images de Michel Zecler tabassé, le 30 novembre 2020


Suite au tollé internationale provoqué par le tabassage du producteur de musique Michel Zecler par 4 policiers, le ministre de l’Intérieur est auditionné devant la commission des lois de l’assemblée nationale, au sujet des conditions dans lesquelles les forces de l’ordre peuvent recourir à la force. Pour dédouaner la boutique d’avoir voulu couvrir les violences subies par Michel Zecler, il déclare que « Le ministre de l’Intérieur, le préfet de police, le directeur général de la police nationale, n’ont pas eu accès à des images. Ces images, elles ont été mises en ligne par le site informatif. » Il indique donc que ni la police ni le parquet n’ont eu connaissance de la vidéo, jusqu’à qu’elle soit divulguée le jeudi 26 novembre par le site d’information Loopsider.

C’est faux : la vidéo a été transmise le lundi 23 novembre par Loopsider et une enquête a été ouverte par le parquet dès le lendemain.






Le bienfaiteur Darmanin fait un don de 20000€ à la SPA, le 12 décembre 2020


Gerald Darmanin est l’ami des animaux et il tient à le faire savoir. Le 12 décembre, il annonce faire don de 20000€ de ses indemnités de maire de Tourcoing (poste duquel il a dû démissionner en devenant ministre). Sur Twitter, il indique que « les 20.000 euros qui représentent les indemnités de maire non touchées seront bien versés à la SPA pour aider les animaux abandonnés dans cette période difficile. »

C’est faux : ces 20000€ appartiennent au conseil municipal de Tourcoing. C’est également cette instance qui décide de la destination des fonds. Le plus cocasse étant que le ministre avait déjà réalisé un premier coup de com’ à la fin du mois de mai 2020, en annonçant qu’il allait faire dons de ses indemnités de maire à la SPA. Chapeau bas l’artiste !






Les 142 interpellations de casseurs, le 12 décembre 2020


Les manifestants contre le projet de loi « sécurité globale » n’avait jamais vécu une telle manifestation. Pour cette journée de mobilisation, le dispositif policier est très particulier : les CRS sont absolument partout : en tête, en fin, sur les flancs du cortège. 2 drones volent même au-dessus des manifestants. Le déploiement de force est impressionnant : près de 3000 membres des forces de l’ordre pour 5000 manifestants. Ce dispositif dopé aux stéroïdes qui devait – en théorie - pacifier la manifestation, ne va que l’électriser et faire vivre aux manifestants une journée riche en coup de tonfa et en violente bousculade.

Le dispositif ultra-sécuritaire faisant la fierté du ministre, il postera plusieurs tweets durant cette journée pour faire du commentaire : « 81 interpellations désormais, à 15h50. Merci aux policiers et gendarmes qui font parfois face à des individus ultra-violents. » En fin de journée, il fait le bilan : « Force est restée à la loi. Plusieurs centaines de casseurs étaient venus pour commettre des violences. La stratégie de fermeté anti-casseurs – 142 interpellations et encadrement du cortège – a permis de les en empêcher, de protéger les commerçants. » 142 interpellations ? Gerald Darmanin viendrait-il de mettre un coup d’arrêt aux black block ? On pourrait le croire.

Mais… c’est encore faux : le soir même de la manifestation et dans les jours qui suivront, les témoignages vont s’accumuler pour décrire des charges et des interpellations à l’aveugle, faisant naitre un sentiment d’insécurité tout au long de la manifestation. Le 13 décembre, le site d’information Médiapart publie un article faisant état de chiffres « maquillés » et « d’arrestations arbitraires dans un cortège pacifique ». Le 12 janvier, la rédaction d’Edwy Plenel enfonce le clou et publie une enquête vidéo, qui recoupe et analyse des centaines d’heures d’enregistrement réalisées ce jour-là. Le reportage confirme avec brio les soupçons : les charges et les interpellations ne sont pas liées aux comportements des manifestants. Médiapart détaille le bilan chiffré de Gerald Darmanin : sur les 142 interpellations, 113 ne font l’objet d’aucune poursuite. Au final, on ne compte que 5 condamnations, dont 2 pour des faits de violence. La voix off du reportage vidéo conclut : « Ce bilan judiciaire, démontre la communication mensongère de Gerald Darmanin. » Ce n’est pas moi qui l’ai dit.






L’avis « favorable » de la CNIL sur le fichage des opinions, le 10 décembre 2020


Au micro de Franceinfo face à Salhia Brakhlia, Gerald Darmanin vient défendre ses nouveaux décrets visant à élargir le champ des données personnelles que peuvent collecter les forces de l’ordre, à l’encontre de ceux soupçonnés d’atteinte à la sureté de l’Etat.

Pourront s’ajouter donc au fichage de ces citoyens : le fichage des opinions politiques, philosophiques, syndicales ou religieuses. Pour rassurer les français que nous ne sommes pas (encore tout à fait) en dictature, le ministre indique qu’il a « présenté trois nouveaux décrets à la CNIL, garante de la liberté des données de chacun, et au Conseil d'Etat, garant du droit » et que ces structures lui « ont donné des avis favorables à ces trois décrets. »

C’est faux : ce que ne dit pas Gérald Darmanin, c’est que les décrets ont été ajoutés après l’avis favorable rendu par la CNIL. Voici ce que publie la CNIL le 11 décembre 2020 sur son site internet : « La CNIL rappelle par ailleurs que si la collecte de données relatives à « des activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales » était déjà prévue, les nouveaux décrets font désormais référence non plus aux « activités » mais aux « opinions » politiques, aux « convictions » philosophiques, religieuses et à l’« appartenance » syndicale. Elle ne s’est pas prononcée sur cette modification, qui ne figurait pas dans le projet qui lui avait été soumis. ». Désaveu total.






Le policier « percuté par quelqu'un qui ne s'est pas arrêté », le 9 décembre 2020


En interview pour BFM, le ministre évoque la mort récente d’un policier en fonction : « Je suis à la tête d'un ministère où les femmes et les hommes risquent tous les jours leur vie. Je vais avoir une petite pensée, si vous me le permettez, parce qu’en 2 jours, le ministre de l'Intérieur, il a à connaître de la mort d'un policier en Seine-et-Marne, qui a été percuté par quelqu'un qui ne s’est pas s'arrêté, qu’a fait son travail et qui laisse une famille endeuillée… »

C’est faux : le policier n’a pas été percuté par « quelqu’un qui ne s’est pas arrêté » mais par un véhicule de la BAC qui poursuivait un automobiliste. Ce sont d’ailleurs la police judiciaire et l’IGPN qui ont été saisis par la procureure de Meaux afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame. Tout cela, Gerald Darmanin le sait au moment de cette interview. Plusieurs heures avant, il tweet : « Un policier est décédé des suites d'un accident dans l'accomplissement de sa mission en Seine et Marne au cours de la nuit du 7 au 8 décembre. J’adresse mes sincères condoléances à sa famille, ses proches et ainsi qu’à l’ensemble de ses collègues de la @PoliceNationale. » Contacté par 20 minutes, l’entourage du ministre confirmera qu’il était bien au courant de la nature de l’accident. Cette source évoque simplement « une erreur » du ministre. C’est ballot.






Le CCIF « manifestement impliqué » dans l’assassinat de Samuel Paty, le 19 octobre 2020


Si le Collectif Contre l’Islamophobie en France en agaçait plus d’un parmi la classe politique - par sa popularité au sein de la communauté musulmane, sa capacité à médiatiser et à ester en justice – l’existence même de l’association de défense des droits n’avait jamais été remise en cause par un ministre en fonction. Seule l’extrême-droite et une partie de la gauche laïcarde osaient en émettre le souhait. Le changement de cap à l’extrême-droite d’Emmanuel Macron afin de siphonner les voix du Rassemblement National en vue de la présidentielle de 2022 et la vive émotion provoquée par l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine ont rendu la chose possible. Mais même l’opportunisme politique d’Emmanuel Macron et de Gérald Darmanin doit pouvoir reposer sur un ou des éléments afin d’assouvir le fantasme de Manuel Valls, du Printemps Républicain et de la LICRA. Ces éléments, pourtant minces, voire inexistants, ne vont pas décourager le ministre de l’Intérieur.

Le 19 octobre 2020 au micro d’Europe 1, Gerald Darmanin va prononcer l’un des plus beaux mensonges politiques de ces dernières années : « Le CCIF est manifestement impliqué » dans l’assassinat de Samuel Paty. Fat man est largué sur l’édifice CCIF.

L’association est même désormais considérée comme « ennemie de la République ». Un qualificatif qui a mis en danger la vie de juristes, d’avocats, de standardistes ou de simples bénévoles.

La machine à broyer médiatico-politique est lancée et rien ne saurait désormais l’arrêtée. Les médias relayent massivement que le CCIF est impliqué dans l’attentat de Conflans sans même en questionner la véracité. Gerald Darmanin vient donc de poser la première pierre de ce que les anglo-saxons ont nommé « the character assassination », que l’on pourrait traduire en français comme étant du « sapage de réputation ».

L’enjeu est triple :

  • Acceptabiliser la dissolution d’une association de défense des droits de l’homme, qui était du fait de ses capacités judiciaire et médiatique, un caillou dans la botte du gouvernement.

  • Procéder à la mise à mort d’un bouc émissaire

  • Dynamiter une liberté constitutionnelle avec la bénédiction de l’opinion : la liberté associative. Suite à ce qui fait office de précèdent (les dissolutions administratives en conseil des ministres ne sont pas une nouveauté mais c’est clairement la première qui soit aussi peu argumentée), des parlementaires et certaines personnalités du monde médiatique demandent la dissolution du syndicat Sud-Rail, l’UNEF, de l’association Coexister, voire même de la Ligue des Droits de l’Homme. C’est dire à quel point la bride est lâché.

  • Entériner le virage politique à l’extrême-droite et amorcer la prochaine campagne présidentielle


Cet énorme torrent de boue a eu l’effet escompté car le ministre de l’Intérieur a bien obtenu la tête du CCIF (au moins temporairement car un recours devant le Conseil d’Etat a depuis été déposé). Ce qui est intéressant à relever concernant ce mensonge, c’est la manière dont Gerald Darmanin l’a présenté : en grande pompe le 19 octobre 2020 sur Europe 1, 3 jours après l’attentat de Conflans. Des dizaines d’émissions de débats et des centaines d’articles de presse se feront l’écho de cette déclaration du ministre. Une campagne ultra agressive de dénigrement du CCIF est menée sur Twitter par des comptes d’extrême-droite et de la gauche laïcarde qui ont trouvé ici un ennemi commun. Le « #DissolutionCCIF » se retrouve en tendance Tweeter France.

Puis vient le temps du rétropédalage en catimini, le 26 octobre 2020 dans une interview

(dont la lecture est payante) à Libération. Voici un extrait de cet article intitulé « Gérald Darmanin : « Ce qu’on cherche à combattre, c’est une idéologie, pas une religion ».


Libération : « Vous nous dites que le CCIF est en lien, d’une manière ou d’une autre, avec l’attentat ? »


G. Darmanin : « Non, je ne vous ai pas dit ça. Je vous ai dit que c’était M. Chnina qui avait publié le numéro de téléphone du CCIF et qui l’avait saisi. ».


Libération : « Mais ce n’est pas nécessairement du fait du CCIF… »


G. Darmanin : « On peut toujours trouver des raisons pour défendre les officines islamistes… »


Libération : « Ce n’est pas la question : publier une vidéo en mettant le numéro de quelqu’un ne l’implique pas nécessairement ! »


G. Darmanin : « Si vous mettez une vidéo en ligne en publiant le numéro de quelqu'un, et que cela débouche sur un attentat, je pense que ce quelqu'un dira : « je n'ai rien à voir avec ce monsieur »


Les réponses du ministre de l’Intérieur n’ont strictement aucun sens, mais cela n’a guère plus d’importance au moment où il les donne. Il admet à demi-mot la supercherie mais la dissolution arrange tellement de monde à droite comme à gauche que personne ne daigne relever.

Fait intéressant, une semaine avant l’attentat de Conflans, le CCIF avait particulièrement gêné le plan de communication du ministère de l’Intérieur dans l’affaire de « l’école clandestine » de Bobigny. En effet, le 8 octobre 2020, la préfecture de la Seine-Saint-Denis et le ministre de l’Intérieur étaient fiers d’annoncer de concert la fermeture « d’une école clandestine à Bobigny rassemblant dans des conditions inqualifiables plusieurs dizaines d'enfants hors de la loi et des principes républicains ». Mais quelques heures à peine après le passage de la CLIR (cellules départementales de lutte contre l'islamisme et le repli communautaire), le CCIF s’était rendu sur les lieux, s’était saisi juridiquement du dossier, avait réalisé une interview de la responsable de la structure, et avait pris des images qui mettaient à mal la version officielle. Cette vidéo du CCIF était devenue rapidement virale sur les réseaux sociaux. Le ministère de l’Intérieur s’était d’ailleurs senti obliger de réaliser une vidéo réponse. Ce revers est-il responsable de la vendetta du duo Macron-Darmanin à l’encontre du CCIF ? Peut-être pas. Il faut savoir que dès 2017, le candidat Macron avait dit lors de l’un de ses meetings qu’il « démantèlerait les associations qui poussent à la haine de la République et ne respectent pas ses lois. » Beaucoup d’observateurs avaient alors indiqué qu’Emmanuel Macron visait implicitement le CCIF.




L’arabe agressé par des islamistes car il fête Noël, le 26 décembre 2020


Lorsqu’il s’agit de surfer sur un fait divers impliquant des musulmans, la planche de Gérald Darmanin n’est jamais bien loin. Un article de Ouest-France intitulé « Belfort. Un jeune musulman agressé après avoir fêté Noël parce qu’il est fils de policiers » informe ses lecteurs qu’une agression à caractère raciste, impliquant deux « variétés » de musulmans a eu lieu à Belfort. Du pain béni pour le ministre de l’Intérieur qui va pouvoir se servir de ce fait divers pour étayer sa théorie sur une supposée pression interne qu’exercerait les islamistes et les salafistes sur les musulmans dits « modérés ». Aujourd’hui, il se mue même en économiste et parle d’« OPA de l’islamisme sur l’Islam ». Quoi qu’il en soit, sans vérification ni précaution dans le texte, il tweet : « À Belfort, un jeune homme agressé parce qu’il aurait fêté Noël et ne serait pas un « bon arabe ». Circonstance « aggravante » : être fils de policiers. La justice a ouvert une enquête. Pas de place pour le séparatisme dans notre pays, pas de place pour le racisme d’où qu’il vienne. » Emballez, c’est pesé ! il s’agit donc là de séparatisme. Le mot est devenu si « hype » depuis quelques mois, il faut bien pouvoir l’utiliser non ? Puis les contours qui caractérisent ce mot sont suffisamment vagues pour qu’il puisse être utilisé sans trop de précautions.

Mais hélas pour Gérald Darmanin qui espérait probablement pouvoir exploiter l’affaire sur quelques plateaux télés, le procureur de la République Eric Plantier va doucher ses espoirs et lui infliger par la même occasion un sérieux tacle glissé à la gorge. Le 28 décembre, il envoie un communiqué de presse pour indiquer « qu’il n'est nullement établi qu'aurait été expressément reproché à une personne de confession musulmane de célébrer la fête chrétienne de Noël, les frères expliquant en outre célébrer eux-mêmes Noël comme une 'fête de famille' sans connotation religieuse […] Le déchaînement verbal puis le rendez-vous fixé semblent davantage relever d’une question d’ego, le plaignant estimant que son contact, moins âgé que lui, lui avait manqué de respect, et non pas d’une volonté d’imposer à autrui des convictions religieuses […] Il ne peut être affirmé que la qualité de fils de policier serait à l’origine des violences ou en aurait été un élément déterminant […] Il est en outre acquis que le plaignant s’est délibérément présenté au rendez-vous pour régler ses problèmes ‘comme un homme’. Il n’est donc pas permis d’affirmer qu’il serait tombé dans un guet-apens ». Les précisions apportées par le communiqué du procureur sont une cinglante réponse à la presse et au ministre de l’Intérieur, mais le plus exquis demeure cette petite cerise en guise de conclusion : « Ils contiennent des informations parcellaires ou inexactes [les articles de presse - NDLR] susceptibles d’engendrer un trouble à l’ordre public au regard de leur particulière médiatisation et des réactions exacerbées qui en sont la conséquence, y compris de la part de personnalités politiques et organisations syndicales. » Ambiance.





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