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Jihadisme... d’atmosphère ?

J’ai entendu le concept le 3 mars lors d’une audition du ministre de l’Intérieur devant le Sénat, afin de défendre l’indéfendable : son projet de loi « renforçant les principes républicains ». Il évoquait alors Gilles Kepel comme auteur du concept. Diantre ! cet homme a crée plus de néologisme autour du champ lexical de l’Islam qu’il n’y a eu de musulmans ayant foulé le sol de cette planète. Mais l’entretien du jardin et la rénovation du chalet étant ce qu’ils sont, de nouveaux concepts doivent sans cesse être apportés rue Gaston Gallimard.

Mais qu’est-ce donc ce fameux jihad d’atmosphère ?

Selon Gilles Kepel, ce serait la nouvelle forme que revêtirait le terrorisme. Plus de chef religieux, plus de structure avec organigramme clair… Non, uniquement des « entrepreneurs de la colère », qui procéderaient à « la désignation de l'autre comme un infidèle, qu'il est licite de faire disparaître ».


Autrement dit, les donneurs d’ordres ne sont pas – forcement – des coupeurs de gorge, mais peuvent très bien être des acteurs du monde associatif, des militants anti-islamophobie ou anti-racistes, des sociologues, des réparateurs de thermomix ect. Ce que ne dit pas le concept, mais que l’on comprend aisément avec ce cynisme « d’atmosphère » ambiant, c’est que ces personnes doivent être musulmanes – considérées comme telles à tort ou à raison – pour que le concept puisse leur être appliqué.


Gilles Kepel donne pour exemple Brahim Chnina, qui tout en ne demandant pas du tout la mise à mort de Samuel Paty, à conduit à l’assassinat de ce dernier par un terroriste. Pour Gilles Kepel, cette forme de terrorisme représente « un défi énorme, car il est impossible de remonter une filière pour trouver des complices. » Comment lutter contre des réseaux lorsqu’« il n’y a plus de réseaux » ?

Des concepts assez clairs pour que les masses en aient une définition sommaire, mais suffisamment vagues pour pouvoir finir au goulag

Le 14 mars sur France Info, notre si populaire ministre déléguée à la citoyenneté, évoque à son tour le terrorisme d’atmosphère comme étant « des jeunes qui n'ont pas forcément été approchés par des groupes terroristes organisés type Al-Qaïda, Daech ou d'autres, mais qui se radicalisent parfois sur leur téléphone en regardant des contenus sur les réseaux sociaux et décident seuls d'initiatives de passage à l'acte terroriste ».

Le plus intéressant viendra du compte Twitter gouvernemental du SG-CIPDR, soit le « Secrétariat général Comité interministériel Prévention Délinquance Radicalisation ». La structure, ainsi que le compte Twitter, est tenu par le préfet Christian Gravel, un fidèle de Manuel Valls. En poste depuis octobre 2020, il succède à Frédéric Rose, qui n’est autre que l’ancien directeur de cabinet de Marlène Schiappa (l’entrisme du Printemps Républicain dans ce gouvernement gruyère est une théorie soutenue essentiellement par Isabelle Kersimon, les antivax et les platistes). C’est Marlène Schiappa qui est également à l’origine de la nomination de Christian Gravel. Évidemment.


Le 15 mars, le SG-CIPDR propose un thread à ses abonnés et à sa ferme de bots en Thaïlande, sur le nouveau terme de Gilles Kepel.




On apprend donc prendre part « à la défense de l’islam radical et politique » fait de vous une mini bombe H djihadiste. Si vous êtes jeunes, militants, que vous « remettez en cause la République », si vous estimez que l’État développe structurellement un comportement discriminatoire envers une ou des catégories de la population, alors là c’est le jackpot de l’Orient-million.

Néanmoins, petite précision pour nos doux chérubins de l’Action Française : tout ceci ne vous concerne pas. Vous pouvez continuer à vouloir « décapiter » la République et la renverser. Le bienveillant Stéphane Plaza de la Place Beauvau vous protège.

Le thread conclu par une expression que l’on voyait essentiellement être utilisée par des personnes dont la vision d’un voile provoque de violentes demangeaisons : « l’accusation d’islamophobie tue. » C’est aussi ce qu’a dit la ministre deléguée à la lutte contre l’Islamo-gauchisme à l’Université Frédérique Vidal. Lors de son entretien le 10 mars, au micro de Sonia Mabrouk (une journaliste d’une grande neutralité, pas une militante contrairement à ce salop de Taha Bouhafs)

Si l’on résume quelque peu la situation : l’islamophobie n’existe pas et l’accusation d’islamophobie tue. » Si vous êtes victime d’islamophobie, vous n’avez donc désormais aucun autre choix que de vous taire. Vous ne voudriez tout de même pas que votre agresseur subisse à son tour ce que vous avez subi ? Voire pire ?Vous sortiriez grandi à subir tête basse. Soyez donc le « musulman discret » que vous exhortent d’être ces deux grands « chouyoukh » de la République que sont Tareq Oubrou et Jean-Pierre Chevènement.

Ah mince ! Pardon, j’oubliais… vous pouvez demander assistance à la LICRA.


Ah... on me dit dans l’oreillette que la LICRA n’est pas disponible pour le moment. N’hésitez pas à laisser un message, ils vous rappellerons dans les plus bref délais.

Un peu de sérieux et résumons :

  • L’usage du mot « islamophobie » est criminalisé

  • Se dire victime d’islamophobie est considéré comme une attitude « victimaire »

  • Désigner un individu comme islamophobe place « une cible dans son dos » et peut mener à sa mort

  • « L’islamophobie n’a jamais tué personne »

  • « L’islamophobie structurelle n’existe pas », c’est un discours victimaire et dangereux qui « mène à la radicalisation ». Via « la charte des Imams », l’usage de cette expression permettra d’écarter tout Imams qui la prononcera lors d’un prêche. Via le « projet de loi renforçant les principes républicains », les associations défendant cette idée seront sommées de rembourser toutes les subventions allouées

  • L’islamophobie tout court est une « escroquerie » qui vise à étouffer toutes critiques de l’Islam

  • La seule association de défense contre l’islamophobie a été dissoute en conseil des ministres, sur la base d’un mensonge du ministre de l’Intérieur : « le CCIF est manifestement impliqué » dans l’assassinat de Samuel Paty

  • Le décret de dissolution du CCIF indique que l’association avait une définition du mot islamophobie « trop large »

Etcetera, etcetera. On pourrait en réalité mettre plus de puces sur cette énumération que sur un matelas kingsize mais les quelques exemples devraient suffire à convaincre ceux pour qui l’islamophobie est une dure réalité à laquelle ils sont confrontés, et à faire enrager ceux pour qui il faudrait rémigrer l’auteur de ces quelques lignes.


Et ça me va très bien comme ça.

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